YA + K

COLLECTIF CRÉÉ EN 2011, PARIS, FRANCE.

YA+K — Collectif pluridisciplinaire à géométrie variable, il investit l’espace public comme lieu de théorie en acte. Par l’action et l’installation, il vise à engager des gestes et des situations à la fois critiques et opératoires toujours ancrés dans leur(s) territoire(s) d’intervention. Situés au croisement des disciplines (urbanisme, art et design) et des formats, leurs travaux interrogent les capacités de l’architecture — comme pratique, processus et production — à expérimenter et construire collectivement de nouvelles configurations spatiales et politiques. 
Lauréat du Palmarès des Jeunes Urbanistes 2016 Curry Stone Design Price 2017

Quels idéaux et quels enjeux représente(nt) pour vous la(les) transition(s) ?

Aucun idéal, juste une réalité et l’occasion de transiter vers d’autres formes d’existence, d’autres affects et un rapport au monde renouvelé. Ce mouvement perpétuel dans lequel nous sommes individuellement et collectivement plongés s’inscrit dans une réalité — les bouleversements climatiques — qui nous incite à nous confronter au fait que nos manières de co-habiter avec cette planète ne paraissent pas viables sur le long terme, tout comme nos manières de cohabiter avec les autres êtres vivants, humains y compris. Bref, ce moment de notre histoire que certains tentent de définir — anthropocène, capitalocène… — est l’occasion d’interroger et d’éprouver l’(éco-)système qui est intimement lié — fait d’institutions, de pratiques, de représentations, de valeurs … Et peut-être en conséquence, l’occasion d’engager, par une nécessaire adaptation aux transformations qui viennent, un autre rapport au(x) monde(s) que l’on habite et qui nous habitent.

En quoi l’actualité fait-elle évoluer votre projet artistique ?

Notre pratique s’inscrit toujours dans un contexte, un site dirons-nous. Celui-ci constitue la matière concrète et immatérielle que l’on travaille. Peut-être que notre façon de penser l’action et l’installation de manière située est l’occasion d’éprouver l’articulation, la tension entre les situations locales, les dynamiques et les enjeux plus globaux. C’est toute la pensée qui pousse à faire émerger les questions écologiques actuelles — et les propositions politiques qu’elles engagent — qui nourrit d’autres manières d’appréhender les réalités et d’y intervenir. La complexité du monde et la fin des grands mythes et des certitudes dont nous héritons, nous incitent à nous engager sur tous les plans — scientifiques, politiques, sociaux, artistiques — à dépasser le discours pour travailler les controverses. Pour résumer, l’actualité nécessite de nous engager autrement.

Quelques mots sur votre expérience — effective ou rêvée — en tant qu’artiste en résidence.

Les résidences nous permettent en premier lieu de travailler et de mettre au travail les questionnements qui nous habitent et traversent nos projets au quotidien et ce, au prisme de situations concrètes. Elles sont également l’occasion d’éprouver nos modes de faire et les sectorisations disciplinaires auxquelles on nous assigne. Bref, l’occasion d’une double dérive, au milieu de nos certitudes et de nos territoires existentiels, autant que dans des situations d’ancrage singulières qui nous incitent à créer et expérimenter pour et avec des situations. Les résidences sont les lieux et dynamiques nécessaires à tout travail de recherche. Expérimenter, énoncer, conceptualiser ne peuvent se faire « hors-sol ». Les statuts disciplinaires ne parlent pas à notre forme d’existence hybride et pluridisciplinaire, néanmoins, la résidence dite « artistique » ouvre des marges que les cadres de commandes instituées ne permettent pas toujours.

Qu’est-ce que l’art vous permet d’accomplir ?

Certains donnent un peu trop de capacité à l’art… Dans l’accomplissement, il y a l’idée d’achèvement. Or, l’art est pour nous un champ d’exploration et d’expérimentation en renouvellement permanent. En tant que champ de production et d’énonciation, il est l’occasion d’engager et de créer des conditions d’expériences partagées, collectivement menées et peut-être pour le coup, accomplies (au sens de réaliser pleinement). Ces expériences de par leur statut « artistique » peuvent peut-être poser des conditions de réflexivité et de partage collectif, d’échanges, de co-construction, de dialogue, comme des chemins de traverses permettant d’explorer d’autres possibles en acte…