NATSUKO UCHINO

Natsuko Uchino est née en 1983. Elle vit et travaille à Saint-Quentin la Poterie. Artiste, Professeure d’enseignement artistique spécialité céramique à l’École Supérieure d’Art et Design TALM – Le Mans, sa pratique est transversale entre art et écologie. Ses installations et performances allient aux matériaux multiples de la sculpture, l’image, l’objet fonctionnel et le vivant. Diplômée de la Cooper Union à New-York en 2007, du programme de recherche de la CCA Kitakyushu au Japon en 2012, elle est membre fondateur de l’organisation Art et Agriculture (NY). Son travail a été exposé à la Elaine –MGK Bâle, Kunsthalle Baden- Baden, Kunsthal Charlottenborg Copenhague, Le Musée de la Chasse et de la Nature Paris, Le Jardin des Plantes Paris (FIAC-Hors les Murs), les Laboratoires d’Aubervilliers, La Friche Belle de Mai, Marseille.

Plaçant la céramique au cœur de son travail, elle tente toujours de « trouver des connexions entre les oppositions récurrentes comme savoir et savoir-faire, geste et intellect, artisanat et art, sensible et cognitif, matériel et conceptuel (…) Derrière leur apparence fonctionnelle, domestique, peut-être même pourrions-nous dire, inoffensive, il nous semble que les céramiques de Natsuko Uchino catalysent la production d’un espace public au sens politique du terme. En effet, si les pots, les plats et les assiettes sont couramment associés à l’espace privé et à l’activité triviale des repas, l’artiste les extrait de leur cadre conventionnel et les engage dans des questionnements écologiques, économiques, sociaux et culturels. (Natsuko Uchino, façonner le commun, Julie Martin, octobre 2018.
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Ses installations allient aux matériaux multiples de la sculpture, l’objet fonctionnel et le vivant, l’empirique et l’affect. Peuvent s’y côtoyer cuisiniers, poètes, cinéastes, fermiers, musiciens, performeurs, acteurs, danseurs… dans une dynamique non académique, nourrit d’un intérêt certain pour l’anti-discipline et la liberté buissonnière des pratiques.

En résidence pour Faire communs, Parcours d’art contemporain en vallée du Lot, Natsuko Uchino nous parle de son projet.

« Je voudrais penser le faire comme un processus de croissance. Cela place dès le départ celui qui fait comme quelqu’un qui agit dans un monde de matières actives… Le mieux qu’il puisse faire est de s’insérer dans les processus déjà en cours, lesquels engendre les formes du monde vivant qui nous environne… Penser le faire d’un point de vue longitudinal, comme la confluence de forces et de matières, et non plus latéralement, comme la transposition d’une image sur un objet, c’est concevoir la génération de la forme, ou la morphogénèse, comme un processus. » (Tim Ingold, Faire Anthropologie, archéologie, art et architecture. Éditions Dehors, Deuxième tirage 2018 ; original, routledge, 2013. p.60.)

Que vous inspire le titre « Faire communs » ?

N.U. : Le parc est occupé, ce parc, situé au sud de la ville. Le parc est occupé, c’est-à-dire des corps et leurs mouvements mobilisent l’espace dans le temps et ainsi incarne le public. Les gens étaient là, tout le temps, en relais. C’était incroyable – comme une bibliothèque en résidence, ou alors… un jardin partagé ! Ils avaient aussi commencé une radio, une cantine, organisaient des cours, des workshops, des plateformes d’échanges ; évidemment tout était disponible en streaming, et mis en réseau sur des interfaces participatives, avec le wifi du parc. Et puis à un moment donné, il y a une histoire comme quoi les forces publiques veulent vider le parc sous prétexte de vouloir le nettoyer. On ne sait pas exactement quel élément est visé par ce nettoyage. Mais la confusion grandit entre les mesures sanitaires littérales et sociales, de se défaire des éléments polluants. Mais lesquels ? Et pendant ce tiraillement métaphorique, on assiste à un réel nettoyage par les gens qui occupaient le parc. Ils nettoient vraiment avec des seaux et des serpillières et de la javel, les bancs les tables. Ils ramassent les poubelles. Ils ne s’arrêtent pas de nettoyer et… Puis… s’en suit que finalement, le parc est tout de même évacué de ses habitants bibliothécaires – jardiniers – activistes. Alors il reste le wifi dans le parc immatériel. Mais malheureusement internet n’est pas un parc public. Et pourquoi ce parc n’est il pas un centre commercial ? Pourtant l’Amazonie sur Internet c’est bien un centre commercial.

Qu’est-ce que l’art vous permet d’accomplir ?

N.U. : Vivre et faire société.