CLÉMENTINE POIRIER

Clémentine POIRIER (France, 1994)
« Comment faire corps dans une réalité broadcastée ? Le postulat serait : par tous les moyens possibles ! » Multi-forme et multi-média, son travail questionne les zones mêmes de son inscription. Les processus de création des pièces et leurs archives sont autant productrices de contenu que la pièce en elle-même. La question du « live » et du direct y est primordiale. Les formes se travestissent dans de multiples médias : réceptacle pour des images, des corps, des sons et toutes sortes d’événements prélevés dans le contexte instantané.

 

En quoi consiste votre (vos) projet(s) de résidence ?

C.P. : Le « faire-corps » est un terme englobant un large champ de définition, qu’il se manifeste sous l’idée d’institution (« La condition anarchique », Frederic Lordon) ou de sympoeisis (Donna Haraway). Se concentrer spécifiquement sur ce terme, en constituant une bibliographie relative, me permettra de dresser une cartographie des différents prismes théoriques et modes d’expérimentations actuels. (e.g bio-hacking, « Transplant » des Quimera Rosas…)
L’immersion dans le géo-parc où sont implantées les Maisons Daura me permettra d’entamer différentes expérimentations d’étude de contexte et de rapport au paysage. Cela me donnera la possibilité précieuse de mettre en place des boîtes à outils analytiques, pratiques et esthétiques pouvant servir de bases pour l’organisation de projets collectifs futurs, vers lesquels ma pratique tend à s’orienter. La question de captation et d’action en milieu organique sera aussi un fil conducteur. La possibilité de repenser la notion de collectif en l’élargissant à un plus vaste ensemble comprenant le paysage rebat les cartes de nos méthodes de représentation. (eg. Annie et Beth Sprinkle et les communautés éco-sexuelles américaines.)
La création d’un laboratoire live de recherche hybride sera à la fois le lieu de la synthèse des matières produites à l’intérieur de l’écocomplexe embrassant les Maisons Daura, d’une organisation analytique fonctionnant par profusions et contradictions, d’invitations à la discussion autour de questions insolubles, et de la génération, en réflexion directe, d’un electrosmog situé.

 

Quelques mots sur votre expérience — effective ou rêvée — en tant qu’artiste en résidence.

C.P. : La discussion est un paramètre important de mon travail, m’incitant à une expérience de terrain constante. En naviguant à travers des mondes, ma position de plasticienne s’est formée et se définie au contact de l’alter. Cette résidence aux Maisons Daura sera l’occasion déterminante de prendre le temps de rencontrer la temporalité concrète du paysage et de l’écosystème. De ma perspective, ces questions ne peuvent s’aborder sans pratique, impliquant partenariat et écoute. Dans ce cadre particulier d’attention à l’interrelation, le corps et ses extensions technologiques devraient se réagencer, animé par de nombreuses crises micro-institutionnelles internes à son circuit intégré.

 

Clémentine Poirier est diplômée du DNSEP en 2019, à l’Esba-MoCo de Montpellier.
Cette résidence fait partie du dispositif Post-Production, soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication, pour la professionnalisation de jeunes artistes. Développé ici en partenariat avec les écoles supérieures d’art de la région Occitanie : l’Esban de Nîmes, l’Esba-MoCo de Montpellier, l’isdaT de Toulouse et l’Ésa des Pyrénées — Pau Tarbes, la MAGCP permet à de jeunes diplômé·e·s de bénéficier d’une résidence de recherche de six semaines aux Maisons Daura. 
L’automne aux Maisons Daura / septembre – octobre 2020